Dans un paysage pop souvent trop lisse, Les Dubois cultivent le décalage avec un sens du drame parfaitement étudié. Au centre de cette étrangeté musicale trône Mauricette, figure insaisissable, à la fois charismatique et fuyante, qui semble danser entre les étiquettes sans jamais se laisser attraper. Icône asexuée autoproclamée, Mauricette préfère parler de solitude plutôt que d’amour, qu’iel considère comme une fable moderne à laquelle iel refuse d’adhérer. Si on lui prête mille romances, iel répond en évoquant son incapacité à croire à l’attachement et son désintérêt pour l’affaire, d’un ton mêlant lassitude et amusement.

Militant vegan passionné, Mauricette orchestre des actions coup de poing  contre McDonald’s et la malbouffe industrielle : rebaptiser les Big Mac en “Big Moche” sur Google Maps, lâcher des têtes de chou sculptées en effigie de Ronald devant les enseignes, ou déposer de faux menus entièrement composés de légumes amers sur les plateaux des clients. Ses engagements, sincères mais théâtraux, font autant sourire que réfléchir, à l’image de ses discours politiques où l’amour d’un peuple ouvrier fantasmé  et son militantisme vegan se mêle à des selfies en compagnie de RIcky Zemmpa  ,le  polémiste zézayant qui défend une vision rétrograde de la culture française , jetant ainsi le trouble sur ses véritables convictions.

Trop fasciné·e par la pop flamboyante des années 60 et 70 pour se sentir à l’aise dans son époque, Mauricette revendique une nostalgie transformée en posture scénique. Sur scène, iel danse, désarticulé·e, comme possédé·e par une époque révolue, attirant toute l’attention sur iel. Le reste du groupe – des musiciens impeccables mais effacés – sert de toile de fond à cette performance où tout semble calculé dans le déséquilibre. Son rituel ? Exiger du public qu’il ramène des chardons et des chrysanthèmes sur scène, offrant à chaque concert qu’il organise dans des cimetières une ambiance entre cérémonie païenne et cérémonie de la Toussaint  .

Avec Les Dubois, la mélancolie se fredonne, les désillusions se dansent, et la pop française retrouve un goût pour l’ironie et le mystère.

Soutenez-nous sur Tipeee !