Cette semaine dans roule galette, je vous propose de découvrir ou redécouvrir Chandeleur septante cinq de Julos Beaucarne .
A dire vrai, découverte ou redécouverte, peu importe, ce roule galette, prenez le comme un voeu en ce début d’année qui démarre déjà tellement mal .
Une découverte qui ne pourra que, je l’espère, vous bouleverser, si toutefois , vous possédez encore un lopin d’âme à reboiser . Un message qui peut paraître bien utopiste , voire révolutionnaire face à la barbarie, la cruauté , la folie des hommes , le cynisme , les certitudes , le pouvoir, les chiffres, le calcul ,les bénéfices ,la rentabilité , le consumérisme , l’oubli , le déni climatique, que sais-je encore , remplissez vous même cet édito par tous les mots noirs qui défilent quotidiennement sous nos yeux et nos oreilles sans que cela nous émeuvent plus que cela : il reste tant à combattre pour que l’amour prenne racine .
Pour ma part, j’ai découvert , très tardivement Julos Beaucarne . Il représentait le chanteur de médiathèque , que j’ai longtemps ignoré , par paresse intellectuelle , celle qui consiste à catégoriser sans savoir. Un moyen de défense tellement courant de nos jours . Cette découverte tardive n’en a été que plus bouleversante .
Certains disques naissent d’un élan , d’autres d’un effondrement. Chandeleur septante-cinq est de ces derniers . C’est un album bien éloigné de toute volonté de projet , c’est un disque comme une nécessité. Quelque chose qu’il a fallu faire pour continuer à respirer, à parler, à rester vivant.
LE 2 février 1975 , Julos Beaucarne perd brutalement sa compagne, Louise, assassinée.
Le choc est immense, irréparable.
Chandeleur septante-cinq, porte cette absence en lui .
Pas sous la forme d’un journal de deuil explicite, plutôt comme une vibration permanente, une fragilité assumée qui traverse tout le disque.
La Chandeleur n’est pas une fête triomphale. Elle annonce une lumière encore faible, hésitante, une promesse fragile de jours qui rallongent sans garantir quoi que ce soit.
Il ne s’agit pas de renaissance spectaculaire, plutôt d’un retour possible, lent, presque incrédule, vers quelque chose qui ressemble à la vie.
Musicalement, tout est dépouillé. Acoustique, sobre, sans effets. La voix ne cherche pas à dominer, elle se tient à hauteur d’homme. Les chansons avancent avec précaution, comme si chaque mot devait être pesé, vérifié, mérité. Il n’y a ni plainte appuyée, ni colère explosive. La douleur est là, mais tenue, contenue, transmutée en attention au monde.
Ce disque ne raconte pas la tragédie, il en est traversé. On sent que quelque chose s’est brisé, mais aussi qu’il reste une volonté obstinée de ne pas sombrer dans le cynisme, ni dans le renoncement.
La douceur qui s’en dégage n’est jamais une fuite. Elle agit comme une forme de résistance intime et morale : continuer à aimer à tort et à travers , à regarder, à dire, malgré tout.
Dans un paysage musical des années 70 souvent dominé par les postures, les certitudes et les récits héroïques, Chandeleur septante-cinq occupe une place à part.
Ni variété, ni rock, ni chanson à message , si ce n’est celui de l’amour. Un disque qui ne cherche pas à expliquer le monde, mais à y rester relié.
Ce n’est pas un album qui console au sens facile du terme. Il accompagne. Il rappelle que la lumière n’efface pas la nuit, mais qu’elle permet parfois de ne pas s’y perdre complètement.
Un disque de maintien, de persistance, de résilience — qui continue de parler longtemps après, précisément parce qu’il ne cherche jamais à imposer son sens.
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