Roule Galette #18 - Echo & the bunnymen , ocean rain

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Sorti en 1984, Ocean Rain est le quatrième album d’Echo & The Bunnymen.
Il arrive après Porcupine, à un moment où le groupe de Liverpool a déjà trouvé son identité, son public, et une reconnaissance critique solide. Mais plutôt que de capitaliser sur l’énergie tendue et parfois abrasive de ses disques précédents, Echo & The Bunnymen choisissent ici une autre voie : celle de l’ampleur, de la gravité et d’une forme de romantisme assumé.

L’enregistrement de Ocean Rain se déroule en partie au Studio des Dames, à Paris. C’est un choix important, presque symbolique. Le groupe souhaite s’extraire de son environnement habituel et travailler dans un cadre plus ouvert, plus cinématographique. Pour la première fois, ils intègrent un orchestre à grande échelle — une trentaine de musiciens — avec des arrangements de cordes signés Adam Peters. Will Sergeant expliquera que l’objectif n’était pas d’ajouter des cordes pour faire “joli”, mais de les intégrer comme un élément central du son, au même titre que la guitare ou la section rythmique.

À cette époque, Ian McCulloch affirme vouloir chanter autrement. Il prend davantage soin de sa voix, retravaille certaines prises après les sessions parisiennes, et adopte un registre plus posé, plus solennel. Les textes s’éloignent du quotidien pour explorer des thèmes plus larges : l’amour, la foi, la fatalité, la nuit, la perte. Il n’y a pas de narration continue, mais une forte unité d’atmosphère, presque liturgique par moments.

Ocean Rain n’est pas un album de rupture brutale, plutôt  un disque de bascule. Il ralentit le tempo, épaissit les textures, élargit le cadre. À sa sortie, certains y voient un excès de sérieux, d’autres un sommet de maturité précoce. Avec le temps, l’album s’impose comme l’un des grands disques du groupe, et comme une œuvre majeure de la pop britannique des années 80 — dense, sombre, romantique, et profondément cohérente.

Le groupe sort ensuite un album éponyme en 1987  , qui deviendra leur meilleure vente bien que l’inspiration n’y est plus . 

 

 

Cette semaine, Ocean Rain s’est déployé comme un disque de clair-obscur, où le romantisme n’exclut jamais la lucidité.

On a ouvert avec The Killing Moon, premier single annonciateur de l’album et morceau emblématique du groupe. Une porte d’entrée idéale : tension nocturne, fatalité assumée, orchestration élégante. Tout y est déjà, et tout y restera.

Avec Thorn of Crowns, Echo & The Bunnymen brouillent volontairement les pistes. Derrière son apparente gravité se cache un jeu ironique sur l’image de McCulloch, un pied de nez aux lectures trop sérieuses et à la posture du poète maudit qu’on voulait lui assigner.

Nocturnal Me ramène ensuite la nuit au centre du disque : un espace d’introspection et de fusion, fait d’images paradoxales et d’incantations plus sensorielles que narratives. Un romantisme épique, détaché du réel, qui a trouvé une seconde vie bien au-delà de l’album.

Avec Angels and Devils, le groupe s’écarte franchement du climat d’Ocean Rain. Influences Velvet Underground assumées, approche plus sèche, presque conceptuelle : un contrepoint brut, référencé, qui éclaire en creux le raffinement orchestral du reste du disque.

Enfin, Ocean Rain referme la semaine sur une forme d’abandon conscient. Un morceau où l’échec n’est plus combattu mais reconnu, où la tempête est intérieure, récurrente, inévitable. Une conclusion apaisée, résignée, à la hauteur de l’élégance sombre de l’album.

Un disque cohérent, tendu entre lyrisme, distance ironique et lucidité émotionnelle, qui continue de s’imposer comme l’un des sommets du groupe.

 

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