Cette semaine dans roule galette , je vous propose de découvrir ou redécouvrir la compilation temple cloud , du label Sarah records .

Lors d’un récent épisode de roule galette sur les Peel sessions de movietone , nous avons eu l’occasion de parler de Bristol , et c’est sans doute cela,  qui m’a donné envie de réécouter cette madeleine de Proust que représente le label Sarah records . Un label extrêmement important pour moi , qui a marqué une certaine forme d’affranchissement d’avec les courants musicaux que j’écoutais jusque là , pour faire vite disons  le post punk  ou la new wave ,  pour partir vers des contrées plus pop … L’évolution de la musique dans la seconde moitié des années 80 ne me correspondait plus vraiment , j’étais hermétique  au virage de plus en plus musclé de l’EBM , les prémices de la scène ACID me laissait de marbre,l’indus ne me parlait pas plus que çaet l’évolution du rock gothique comme les sisters  of Mercy était d’un kitchissime ridicule . En dehors des legendary pink dots , Il n’y avait guère que les Jesus and mary chain et toute la scène naissante C86 qui m’intéressait … c’est à peu près à cette époque que date mon divorce d’avec le mouvement cold wave/gothique/post punk corbeau) . 

Les années Sarah , correspondent à mon arrivée à l’université , un début d’émancipation qui  permettait d’accepter une sensibilité plus affirmée , moins dictée par le besoin d’être ou de paraitre normal . Sarah records, avec ses chansons acnéiques post pubères , a été un compagnon de chemin pendant toutes ces années post lycée . 

Pour comprendre cette compilation, il faut remonter à 1987 à Bristol, quand deux passionnés de musique créent un label indépendant appelé Sarah Records. Ses fondateurs, Matt Haynes et Clare Wadd, sont eux‑mêmes issus de la scène fanzine anglaise de la fin des années 80 : avant Sarah Records, ils animaient des fanzines comme Are You Scared To Get Happy? et Kvatch, supports critiques et passionnés qui étaient accompagnés parfois de flexidiscs.  Ce contexte explique d’emblée ce que ce label défendait : pas de stratégie commerciale, plutôt  une culture de la musique indépendante pensée par et pour les fans, avec une communication personnelle, un souci de cohérence et une proximité forte avec les artistes.

Sarah Records s’inscrit dans une époque où l’indie britannique se redéfinit. Quelques années avant, en 1986, la compilation C86 publiée par NME avait contribué à définir une esthétique indie jangly et guitaristique, que beaucoup de groupes de la fin des années 80 prolongeront.  Le label se réclame également de la jeunesse écossaise « the sound of Young Scotland » , référence aux labels fast , ou encore Postcard , le label d’Orange Juice. 

Le label de Bristol prolonge et enrichit cette esthétique avec une éthique DIY inspirée du punk rock , un sens de la débouille clairement assumé , des puristes pop , sans aucun besoin d’artifices , ni volonté d’apparaitre cool ou hype . Par ailleurs , choisir un prénom de fille comme nom de label était un acte assez rare dans un univers dominé par les hommes . Sans être ouvertement féministe, Sarah records a toujours eu en son sein un nombre important de femmes musiciennes , chanteuses à une époque où cela restait encore rare . 

Musicalement, Sarah Records publie des groupes et des projets qui seront emblématiques de l’indie pop britannique : The Field Mice, The Orchids, Another Sunny Day, Heavenly, Blueboy, The Wake, Brighter ou encore St. Christopher. Ce sont des artistes qui, souvent en 7 pouces , explorent des mélodies sensibles, des guitares claires et des voix expressives, avec une touche d’émotion qui échappe à une simple étiquette de pop « mignonne ». Le terme “twee pop”, souvent collé à ce son, a été explicitement rejeté par les fondateurs du label, car il sous‑estimait leur démarche artistique et pouvait porter une connotation péjorative.

En 1990, Sarah Records publie Temple Cloud: A Sarah Compilation. Il ne s’agit pas d’un classique best‑of retrospectif sorti bien après coup, mais d’une compilation officielle conçue par le label lui‑même, qui rassemble des titres jusqu’alors dispersés sur des singles 7 pouces, ou 45 tours si vous préférez . Ces titres n’avaient pas été intégrés dans les rares albums originaux des artistes concernés, et les regrouper permettait de les faire mieux connaître à un public plus large. La compilation elle‑même comprend 16 morceaux représentatifs de la première période du label compris entre les références 13 et 28 du label. Elle fait suite a shadow factory , la première compilation du label s’occupant des 12 premières références . 

Le titre Temple Cloud fait référence à un village près de Bristol, rendu familier pour beaucoup par le trajet du bus 376 qui reliait Bristol à Wells et passait par cet endroit. C’est une image simple, proche, presque quotidienne, qui correspond bien à l’esprit du label : une pop pensée pour l’écoute au quotidien, pour les trajets, les moments de réflexion et de découverte personnelle. En ce qui me concerne , elle correspondait plutôt à mes trajets Lille -Lens en autobus .

Pour une fois , la France ne fut pas en retard sur la reconnaissance du label , aidé en cela par la distribution des disques par Danceteria , créé par les fondateurs de la boucherie moderne à Lille. Les Field Mice ou Blueboy ont joué leurs plus gros concerts en France . 

Sarah Records poursuivra son projet jusqu’en 1995, date à laquelle il cesse volontairement ses activités après la sortie de sa centième référence. Cette fin n’est pas le résultat d’une faillite ou d’un désintérêt : les fondateurs ont décidé de mettre un terme au projet plutôt que de le laisser dériver vers une dynamique commerciale ou administrative qu’ils jugeaient incompatible avec leurs principes.

Aujourd’hui encore, Sarah Records est cité comme une référence majeure dans l’histoire de la pop indépendante britannique, non seulement pour sa musique, mais pour sa manière d’être — un projet artistique cohérent, une résistance à la marchandisation et une attention particulière à l’égalité créative. Deux livres (popkiss et these things happen ont été publié , et un documentaire vidéo my secret world est également disponible . Les références se revendant à prix indécent sur discogs, heureusement des labels comme LTM , Cherry red ou colourful Storm ont réédité quelques un de leur disques , ce qui n’a pas pour autant fait baisser la côte des premières références . 

Pour démarrer la découverte ou redécouverte de cette compilation , je vous propose un titre de the wake , Carbrain . 

Ce titre est intéressant à plusieurs points , car the Wake est le premier groupe signé chez SARAH qui a déjà sorti des disques sur un gros label . The wake  était membres de l’écurie Factory , label de Joy division new order , durutti Column ou Section 25   . A l’époque le groupe était accusé de suivre un peu trop l’évolution Joy division/new order , sans développer leur propre  identité . Après un hiatus de quelques années ils réapparaissent sur Sarah et peuvent en cela être emblématique de l’évoultion du post punk vers des terrains plus pop  , plus indie , quand une autre partie de la scène a suivi un courant plus indus , ou alors a suivi le courant house … 

On les retrouve ici avec le titre Carbrain , face B du 45 tours crush the Flowers . 

Aujourd’hui , song Six des Field Mice . Les Field mice, sont incontestablement le groupe le plus connu de l’écurie Sarah records . Ils ont été soutenus par Bernard Lenoir qui leur a consacré une white session et par les inrockuptibles avec le titre sensitive, leur Hit, qui a été placé dans une compilation  . Le morceau song six, est loin d’être le plus connu du groupe, il figure, sur la la face B des 45 tours the Autumn store . On ne le retrouve ni sur la compilation du groupe parue chez SARAH  ni sur celle parue chez Shinkansen ( le label post Sarah de Matt Haynes ) . Il s’agit pourtant d’une chanson intéressante et qui garde toute sa pertinence actuellement , face à une vague affligeante de masculinistes . La chanson critique le comportement sexiste et agressif de certains hommes. Elle parle des hommes qui harcèlent les femmes, qui confondent domination et autorité, ou qui sont insensibles et cruels. L’auteur exprime à la fois du dégoût et de la honte pour le genre masculin, en se distanciant de ces comportements et en soulignant le contraste avec ce qu’est un homme respectueux et doux. 

Aujourd’hui , un autre classique du label , you should all be murdered de another Sunny Day , le projet d’Harvey Williams , musicien qu’on retrouvera dans plusieurs formations du label ( Field mice, blueboy ) ou sous son propre nom . La compilation London weekend d’Another Sunny Day peut se targuer d’être le disque le plus recherché de ma discothèque avec des tarifs absolument démentiels , alors qu’une version cd est sortie , agrémentée de Bonus tracks pour 10 fois moins cher . La folie du capitalisme que dénonçaient les fondateurs du label , les prend à leur propre piège . You should all be murdered  exprime une haine intense et violente envers certaines personnes , notamment celles qui parlent trop , alors autant se taire et écouter you saoul all be murdered . 

Une autre chanson emblématique du label , St Chistopher, avec all of a tremble . St. Christopher est un groupe d’indie pop britannique formé à York en 1984. Le groupe s’articule principalement autour du chanteur et compositeur Glenn Melia, qui en restera le seul membre constant pendant toute son histoire . Ils publieront quatre singles

un mini-album 10 pouces intitulé Bacharach (1990)n  mais sortiront de nombreux autres disques sur des labels comme Vinyl Japan  , slumberland , parasol ou élefant … 

All of a tremble fut asussi beaucoup diffusé par l’intermédiaire des inrocks et de Bernard Lenoir .  C’est un groupe cité à plusieurs reprises par Dominique A  , à ses débuts . Certains commentateurs ont comparé certaines intonations vocales de Melia à Scott Walker, notamment dans la dimension dramatique de son chant.

Pour finir , Noah’s ark de brighter , chanson qui clôture cette compilation . Ce trio de Worthing a publié quelques-uns de ses singles les plus délicats entre 1989 et 1992 : around the world in 80 days , Noah’s Ark, et aussi un mini album Laurel .  On retrouve ici cette signature claire et sensible du label : guitares cristallines, voix mélancoliques, mélodies directes post pubères dans leur sincérité.

Bien sûr le choix, comme toujours fut difficile , et ne saurait représenter , n’en déplaise aux détracteurs du label , la diversité des approches S’il ya indéniablement un unité Sarah records dans la discographie du label , il y également différents styles qui n’ont pas été diffusés … du shoegaze de Secret chine ou éternel à. La pop groovy des Sugargliders en passant par le punk de Boyracer ou l’élégance de the Orchids … l’occasion de revenir sur ce label lors d ‘un autre épisode de roule galette 

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