À la fin des années 90, Kruder & Dorfmeister sont déjà un cas étrange dans la musique électronique.

Ils n’ont toujours pas d’album au sens classique du terme, mais leur nom circule depuis plusieurs années dans toute une partie de la scène européenne. Leur apparition s’est faite par étapes : d’abord des productions locales à Vienne, puis l’EP G-Stoned en 1993, qui attire l’attention avec une esthétique déjà très identifiable, jusque dans son détournement de la pochette de Bookends de Simon & Garfunkel. Ensuite viennent les mixes, dont leur passage remarqué dans la série DJ-Kicks en 1996, qui élargit encore leur audience.

Mais c’est en 1998 que leur trajectoire se cristallise avec The K&D Sessions.

Officiellement, il s’agit d’une compilation de remixes réalisés sur plusieurs années. En réalité, le disque va rapidement dépasser ce statut administratif pour devenir un objet autonome, identifié comme une œuvre à part entière. Et c’est là que se joue une ambiguïté centrale dans leur travail : ils ne produisent pas des morceaux originaux au sens traditionnel, mais ils finissent par produire quelque chose qui est perçu comme un album.

Leur méthode est assez caractéristique. Dans la plupart des cas, ils partent de morceaux existants — issus de scènes très différentes, allant du hip-hop au drum’n’bass en passant par la pop ou la musique électronique — et ils les déconstruisent radicalement. Le principe n’est pas d’ajouter des éléments, mais de retirer, d’isoler, de recomposer. Dans certains cas, ils ne conservent qu’une voix ou un fragment mélodique, autour duquel ils reconstruisent entièrement la structure sonore.

Le résultat est reconnaissable : des morceaux ralentis, épaissis, souvent débarrassés de leur tension initiale, avec un travail important sur les basses, les résonances, et les espaces laissés entre les éléments. Une forme de musique qui n’est ni vraiment ambient, ni vraiment dub, ni vraiment trip-hop, mais qui emprunte à chacun de ces territoires sans s’y fixer.

Ce positionnement devient d’autant plus visible dans le contexte de la fin des années 90. La musique électronique est alors fragmentée : la techno continue de se durcir ou de se fonctionnaliser, la french touch domine une partie du paysage club, et le trip-hop a déjà installé ses codes plus sombres et cinématographiques. Kruder & Dorfmeister se situent à côté de ces dynamiques. Ils ne cherchent ni la tension maximale, ni le choc, ni même la construction de morceaux au sens classique.

The K&D Sessions va pourtant rencontrer un succès important. Le disque circule largement en dehors des circuits strictement club : cafés, bars, appartements, espaces d’écoute domestiques. Il devient rapidement associé à des contextes très précis, souvent liés à la fin d’activité plutôt qu’à son déclenchement. Une musique que l’on met quand les choses ralentissent déjà.

Ce glissement va aussi produire une lecture dominante du disque. Très vite, il est rangé dans une catégorie floue — downtempo, lounge, chill-out — qui tend à lisser la nature réelle du travail effectué. Car si l’écoute peut donner une impression de continuité fluide, presque décorative, la construction interne est beaucoup plus précise. Chaque remix repose sur des choix de réduction et de recomposition très contrôlés, où l’espace sonore est travaillé autant que les éléments eux-mêmes.

Avec le temps, cette tension entre sophistication de production et usage “d’arrière-plan” va définir la réception du disque. Il est à la fois très reconnu et souvent sous-écouté dans ses détails.

C’est probablement ce qui explique sa persistance. The K&D Sessions n’est pas un disque qui impose une trajectoire d’écoute stricte. Il s’inscrit dans des situations. Il accompagne des états déjà amorcés : une journée qui se termine, un déplacement qui s’arrête, une activité qui se relâche.

Le disque a souvent été rangé dans la catégorie des musiques d’ambiance, utilisées dans les cafés ou les après-midis sans urgence. Mais cette fonction d’arrière-plan rejoint, d’une certaine manière, une idée plus ancienne de la musique comme environnement — celle que Brian Eno formulait déjà avec Music for Airports : une musique qui ne demande pas d’attention frontale, mais qui modifie la perception du lieu où elle se trouve.

Je vous propose une formule un peu différente cette semaine , avec d’abord, l’écoute du morceau original , puis la version remixée de Kruger & Dorfmeister , bien plus parlant pour comprendre le travail des autrichiens .  On démarre avec Roni Size Reprazent et son classique drum and bass heroes  revisité ensuite en version Long Loose bossa par les autrichiens 

on écoute spechless du duo autrichien Count basics , extrait de leur deuxième album moving in the right direction , puis la version Drum and Bass de Kruder & Dorfmeister

le titre Going Under des anglais de Birmingham rockers hi fi , extrait de leur second album Miss mash , puis la version remixé , le main mix , du duo autrichien

le très énergique  Bug powder dust de Bomb the bass, qui apparaît sur le 3 eme album du projet de TOm Simenon , Clear, puis la version totalement revisité de Kruger & Drofmeister

Pour cloîtrer cette semaine , le Rollin On Chrome d’aphrodelics . Groupe de hip hop autrichien . Ici , on part dans une mise en abîme complète puisque le titre d’aphrodelics est déjà un remix de Being boiled de Human League , dont Kruder & drofmeister on complètement enlevé toute référence dans leur wild motherfucker dub . 

 

 

Soutenez-nous sur Tipeee !