Cette semaine dans Roule Galette , je vous propose de découvrir ou redécouvrir , l’album BBH 75 , de Jacques Higelin .
Oui , je sais , les disques des séventies ne sont pas tous sortis en 1975 ! C’est vrai qu’après Julos Beaucarne, Vassiliu et Neu ! , on pourrait se poser la question ? Pourquoi donc, il ne propose que des disques sortis en 75 ! Pas la peine d’appeler ma psy, Je vous rassure, je ne fais pas une fixette sur cette année . D’ailleurs, ce disque d’Higelin , bien que nommé BBH 75 est sorti en 1974 , il existe même quelques exemplaires promos avec le titre BBH 74 .
Faire une chronique sur Higelin sur Saravadio me parait tellement évident que je me demande comment je n’en ai pas encore fait auparavant . Higelin représente pour moi une sorte de Sainte trinité : le père, le frère et l’esprit libre .
Le père , d’abord, car je l’ai découvert au moment du décès du mien . Le frère , ensuite, car c’est mon grand frère disparu trop tôt , qui me l’a fait découvrir , et pour l’esprit libre , ça se passe de commentaires .
Commençons déjà par lui rendre hommage pour le nom de cette webradio : sans l’écoute de tiens , j’ai dit tiens , un soir de 1979 , je n’aurais jamais pensé à m’intéresser à la musique , au label Saravah , à Brigitte Fontaine et Areski , à l’écoute tardive de radios fm, l’oreille collée au transistor .
Ensuite , les rares lectures de biographies d’artistes que j’aime se concentrent principalement autour de lui . C’est un être qui a forgé ma pensée , mes idées , mes idéaux , mon rapport aux gens , au travail , à la politique .
Higelin m’a accompagné une grande partie de ma vie , et même si je l’écoute beaucoup moins qu’auparavant , je ne boude pas une réécoute de ses disques Saravah , de Aï , de champagne, Caviar, No man’s land , alertez les bébés ou Higelin 82 .
Mais revenons à BBH . Si l’on se réfère à sa discographie , son dernier album date de 1971 : le magnifique , bien que bancal , crabouif . Entre 71 et 73, , Higelin s’installe en communauté à St Ouen avec Catherine le Forestier, puis dans les Alpes de Haute Provence à Noyers sur Jabron près de Sisteron . Là , par l’intermédiaire de Valérie Lagrange , il fait la rencontre de Simon Boissezon , guitariste taciturne et incroyablement doué qui a notamment joué dans docdaïl avec Ticky Holgado .
A l’époque, la dernière apparition scénique d’Higelin a été une catastrophe . C’était en ouverture de Sly and the Family Stone , à l’Olympia en juillet 73 . Débarquant avec son accordéon , il est rapidement hué par le public . Vexé, Higelin quitte la scène en leur disant : je reviendrai, mais pas tout seul . Le lendemain , il file aux puces de Saint -Ouen , s’achète un jean et un blouson de cuir ,se rase les sourcils . Exit la barbe de 3 jours, les chansons folk expé période Saravah : place à l’urgence rock et au combat .
Avec Boissezon aux guitares et basses et Charles Benarroch à la batterie et percussions , ils fondent BBH pour les initiales des 3 musiciens .
A celles et ceux qui s’étonnaient de cette mue de 74 , Higelin a plus tard reconnu qu’il écoutait déjà pas mal de rock à l’époque et que le changement n’était pas si étonnant que cela . Il évoque les Stones, les Beatles, Bowie, Marc Bolan …
Higelin, qui n’a plus de contrat avec une maison de disques depuis 71 , cherche une nouvelle écurie et trouve le soutien du directeur artistique Claude Dejacques , dont nous avons déjà parlé sur le roule galette consacré au percussions de Gainsbourg, pour une signature chez EMI .
Musicalement, BBH 75 est un mélange d’énergie rock et de poésie libérée. On y retrouve des riffs percutants, une base rythmique qui frappe sans cesse et une série de chansons où la voix d’Higelin n’hésite jamais à aller vers une expression brute. Ce n’est ni de la chanson traditionnelle, ni du rock progressif. On est dans quelque chose de beaucoup plus brut, proche de l’électricité des Stooges ou du MC5, une forme de proto-punk avant l’heure , voire de la folie psychédélique de Funkadelic .
L’album vend relativement peu ,8 000 EXEMPLAIRES, mais il marque terriblement les esprits . Il est souvent considéré comme l’un des premiers disques réellement rock en France , il a été classé dans les 100 meilleurs albums français par les inrockuptibles !!! Même la girouette Manoeuvre le classe finalement parmi les disques Français importants . Plus sérieusement , on peut considérer que ce disque a ouvert la voix à la scène rock française de la fin des années 70 avec des groupes comme Téléphone, Starshooter, ou encore Bijou . L’album a par ailleurs souvent été cité comme fondateur par des gens aussi divers que Gérard Blanchard, Cali , Rodolphe Burger ou encore Charlélie Couture .
On a commencé avec “Paris-New York, New York-Paris”, une entrée en matière trompeuse : une attente presque tranquille à Orly qui bascule progressivement vers quelque chose de plus dur, plus urbain, jusqu’à l’explosion finale. Un morceau qui résume à lui seul la tension du disque, entre récit, ironie et décharge électrique.
On a ensuite traversé “Œsophage Boogie, Cardiac Blues”, avec ce son de guitares volontairement crado, presque sale, qui vous saute à la figure. Là, plus de doute possible : Higelin est en train de faire un vrai disque de rock, porté par l’énergie brute du trio.
Puis “Chaud Bizness Chaud”, où il démonte sans détour le monde du show-biz. Un thème très présent à l’époque — on pense à Jean Yanne — mais ici porté par un son énorme, grâce notamment au travail de Roger Ducourtieux, avec ce jeu de panoramique qui donne l’impression d’un chaos parfaitement maîtrisé.
Avec “Est-ce que ma guitare est un fusil”, on est au cœur du personnage Higelin : une écriture organique, presque physique, et un groove impressionnant, construit avec peu de moyens mais une intensité maximale. Un classique, tout simplement.
Et puis on a terminé avec “Une mouche sur la bouche”, respiration acoustique dans un disque tendu et urbain. Un moment suspendu, presque paresseux, qui montre déjà son goût pour capter le réel, le vivant, jusque dans les sons extérieurs.
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