Comme une grande partie de mes découvertes musicales, j’ai connu The Durutti Column par l’intermédiaire du Hit du Snob, cette émission présentée par Patrick Félix sur RVN, Radio Voix du Nord, vers 1985.
Je dis “vers”, car j’ai de plus en plus de difficulté à dater précisément ces moments d’écoute, l’oreille collée au transistor pour ne pas faire trop de bruit. Si les souvenirs deviennent plus flous, l’impact de Durutti Column, lui, est resté intact.
Chaque jour, du lundi au vendredi, Patrick Félix égrainait l’actualité musicale en provenance d’Angleterre, de Belgique ou des États-Unis, pour un classement bien plus proche de ceux de John Peel que de ceux de Marc Toesca. Aucun risque d’y entendre Peter et Sloane ou Jean-Jacques Goldman. Un véritable havre de paix. Un refuge anti -beauf .
Je découvre donc, par cet intermédiaire, l’EP Tomorrow, sorti début 1986. À l’époque, j’ai peu d’argent : les disques sont comptés, pesés, mesurés, avec parfois quelques écarts dus à l’impulsivité. Mais pour Durutti Column, je suis sûr de mon coup. J’avais déjà entendu ce morceau dans l’émission et j’en appréciais la mélancolie, ce chant fragile, presque susurré.
Une nuit, alors que je m’étais endormi, comme souvent, la radio allumée — ce qui impliquait un achat régulier de piles — je fus réveillé par cette chanson. Pas brutalement, mais comme par une présence singulière et douce. Une sensation étrange, entre présence et absence, une forme de saudade, entre rêve et réalité, qui s’est installée en moi toute la journée suivante, malgré un ciel D’hiver parfaitement radieux.
Quelques jours plus tard, j’allais acheter le disque à la Boucherie Moderne.
Un disque que j’ai épuisé, sans jamais parvenir à l’écœurement.
Bien avant les mails, j’avais même écrit à Patrick Félix pour obtenir des informations sur la discographie. Il me répondit quelques semaines plus tard en me citant The Return of the Durutti Column, LC, Another Setting et Without Mercy. Parmi ceux-ci, le premier sur lequel je suis tombé fut LC.
LC reste, sans conteste, mon album préféré du groupe. Le premier album, souvent cité, notamment pour sa pochette en papier de verre et la production de Martin Hannett, trouve moins grâce à mes yeux.
J’apprendrai beaucoup plus tard que LC figure parmi les albums favoris de Brian Eno. ce qui , en soi-même est un argument bien plus convaincant qu’une tentative de chronique balbutiante d’un adulescent attardé.
Pour cet album, Vini Reilly s’éloigne volontairement de la production de Hannett . C’est aussi le premier disque sur lequel il travaille avec celui qui deviendra son acolyte pour le restant de sa carrière, le batteur Bruce Mitchell , issue du jazz . La pochette est réalisée par l’épouse de celui-ci , Jackie Mitchell.
La majorité des titres sont issus d’ une cassette enregistrée sur un 4 pistes , dans la chambre de Vini Reilly, une nuit où il se sentait inspiré , en une prise, solo . Le lendemain , l’inénarrable Tony Wilson , boss de Factory , écoute cette cassette et ne veut pas la rendre à son auteur , il juge qu’il faut en faire un album . L’album est enregistré en 2 jours et demi , mixage compris . Bruce Mitchell dit qu’il s’agit généralement des secondes prises , la première servant à une courte répétition . Viny Reilly y voit principalement les défauts, notamment le souffle du Roland space echo .
Bien que l’album soit en grande partie instrumental , ce qui était plutôt inhabituel pour moi à l’époque , il s’est subtilement installé dans mon imaginaire musical , façonnant mes écoutes ultérieures , comme une espèce de mètre étalon . Ce n’est évidemment pas quelque chose que j’ai conscientisé immédiatement , mais bien plus tard, quand j’ai été capable d’y voir des réminiscences de son jeu de guitare si particulier , chez des groupes de post rock , ou quand encore plus tard, dans mon magasin de disques on me demandait de faire découvrir un disque , il n’était pas rare que je propose ce LC de Durutti Column .
Je n’ai rien à vendre aujourd’hui , je garde précieusement les différentes versions de cet album qui a été réédité , agrémentés de nombreux titres bonus , j’ai juste à vous partager un de mes disques favoris , dans Roule Galette LC par the Durutti Column .
Pour démarrer, je vous propose Sketch for dawn version 1 , nous écouterons la version II demain .
Le titre ouvre l’album et permet immédiatement de se familiariser avec le jeu de batterie de Bruce Mitchell et les guitares cristallines Vini Reilly . Il fait partie des rares titres chantés de sa discographie , Tony Wilson de Factory ayant deux objectifs , persuader Simon Topping d’A certain ratio de reprendre le chant avec son groupe , et inversement , demander à Vini Reilly d’arrêter de le faire . Sa voix , pourtant noyée dans le mix , fait partie intégrante de la fragilité du tire , même si celui-ci représente l’un des morceaux les plus uptempo de l’album .
L’autre version de Sketch for dawn , bien plus sombre et introspective que celle d’ouverture . L’ensemble est assez étouffé, le piano électrique, venant toutefois contrebalancer la mélancolie inhérente à la basse .
Nous poursuivons avec Jaqueline , morceau instrumental dédié à l’épouse de Bruce Mitchell , peintre , qui a réalisé la pochette de l’album , et celle du ep Deux triangles . Sorti à la même période .
Aujourd’hui, Never known , un de mes titres favoris , celui qui, avec Tomorrow a déclenché mon amour pour Durutti Column , celui-là même que je jouais aux clients qui me demandaient d’écouter l’album . Un titre à écouter en roulant , lunettes de soleil , pour se protéger à la fois des rayons du soleil et des larmes qui pourraient révéler l’ irrépressible mélancolie qui s’emparera de vous à l’écoute de celui-ci .
Pour terminer , l’impeccable The missing boy , un des classiques de The durutti Column . Avec lips that would kiss et sleep will come il s’agit du troisième titre de Vini Reilly dédié à Ian Curtis , le chanteur de Joy Division , dont on dit que Vini Reilly serait l’une des dernières personnes à l’avoir vu avant son suicide .
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